Catégories
Cancer

Café et cancer : Le point sur les études récentes

La relation potentielle entre café et cancer a suscité beaucoup d’intérêt et de questions depuis plusieurs décennies, en raison de la fréquence de sa consommation et du nombre élevé de ses constituants. Plus de 500 études épidémiologiques, réalisées pour la plupart en Amérique, en Europe et au Japon, ont été consacrées à l’étude du lien potentiel entre consommation de café et risque de développer divers cancers. Plusieurs articles récents ont réalisé des revues exhaustives sur le sujet (1-3). Toutes ces études sont rassurantes.

La situation actuelle

Sur la base des connaissances actuelles, il apparaît que, pour la plupart des organes, il n’y a pas d’association entre une consommation modérée de café et une augmentation du risque de cancer. C’est le cas du cancer de l’œsophage, de l’estomac, du rein, de la prostate, de l’ovaire et du cancer du sein chez la femme ménopausée.

Dans divers organes, les données des études suggèrent que la consommation de café pourrait être associée à une réduction du risque de développer un cancer. C’est le cas des cancers de la cavité orale et du pharynx, du foie, de l’endomètre, de la peau, des gliomes et du cancer colorectal.

Un lien a pu être observé avec le cancer de la vessie. Toutefois, des facteurs de confusion, liés en particulier au tabac et à l’alcool posent des problèmes d’interprétation causale et des études complémentaires restent nécessaires

Diminution potentielle du risque de cancer : ce qui est bien établi

Cancer du foie

Le cancer du foie, sous toutes ses formes, occupe la 5ème place des cancers les plus fréquents dans le monde. Trois méta-analyses regroupant au total 15 études cas-témoins et 8 études de cohorte montrent une nette réduction du risque de développer ce cancer : de 38 à 59 % chez les consommateurs comparés aux non-consommateurs et une réduction de 43 % pour chaque augmentation de 2 tasses de café/jour (4). Deux études concernant la cirrhose et le cancer du foie montrent une réduction de 40 à 50 % de la mortalité liées à ces pathologies en cas de consommation de café.

Les mécanismes envisagés pour ces effets protecteurs sont les suivants :

  • la cirrhose est un facteur de risque majeur pour le développement de ce cancer et le café inhibe l’élévation des transaminases hépatiques,
  • le café pourrait réduire le taux de fer circulant et donc le risque de carcinogenèse hépatique. Le rôle des composés antioxydants reste à explorer (1, 2, 4).

Cancer colorectal

Le cancer colorectal est l’un des plus communs. Il est 10 fois plus fréquent dans les pays développés que dans les pays en développement. La majorité des 20 études cas-témoin et des 10 études de cohorte disponibles font état d’un risque réduit d’environ 12 % lié à la consommation de café. Quelques études n’ont pas noté d’influence ou une baisse non significative (4 %) du risque (5). La protection apportée par le café dans cette pathologie serait liée :

  • aux propriétés anti-carcinogènes des diterpènes et antioxydants du café,
  • à la propriété du café d’induire l’excrétion d’acides biliaires et de stérols neutres dans le côlon et de stimuler la motilité du côlon,
  • à l’inhibition par la caféine de la croissance des cellules cancéreuses du côlon.

Cancer de l’endomètre

Les 5 études disponibles sur la relation entre consommation de café et cancer de l’endomètre, menées sur diverses populations montrent de manière homogène que la consommation d’au moins 3 tasses de café quotidiennes réduit de 60 % le risque de développer ce type de cancer (6).

Cancer de la cavité orale et du pharynx

Les résultats poolés de 9 études sur les cancers de la tête et du cou montrent que le risque de développer un cancer de la cavité orale ou du pharynx est réduit de 39 % pour une consommation de 4 tasses de café/jour (7).

Les résultats positifs à confirmer

Cancer du sein

Dans les pays industrialisés, le cancer du sein est la seconde cause de mortalité chez la femme, il est 5 fois plus fréquent que dans les pays en développement et au Japon. Les études principales concernent de grandes populations européennes, américaines et des échantillons plus limités en Asie (1-3). Une méta-analyse de 9 études de cohorte et 9 études cas-témoins ne montre pas d’influence de la consommation de café sur le cancer du sein chez la femme ménopausée (8). Une grande étude hollandaise récente n’a pas observé d’association entre le cancer du sein et tous les niveaux de consommation de café, et pas de lien non plus avec le style de vie ou l’indice de masse corporelle (IMC) (9). Enfin, une étude très récente montre que l’absence d’effet du café sur le cancer du sein chez la femme ménopausée pourrait refléter une interaction avec les gènes codant pour les récepteurs des œstrogènes ER. Ainsi la consommation de 5 tasses de café/jour réduirait de 57 % le risque de développer un cancer non hormono-dépendant chez la femme ménopausée (10).

Dans la population des femmes préménopausées, la consommation de 4 tasses de café quotidiennes réduit de 38 % le risque de cancer par rapport aux faibles consommatrices (1-2 tasses/jour) (1). Enfin, chez les femmes préménopausées à risque élevé car porteuses de la mutation BRCA1 et BRCA2, le risque de développer un cancer du sein est réduit de 25-70 % pour une consommation de 4-6 tasses de café/jour mais cet effet bénéfique est limité au café caféiné (11).

Cancer de la prostate

Le cancer de la prostate est la seconde cause de cancer et la sixième cause de mortalité par cancer. Une méta-analyse de 6 études de cohorte et 5 études cas-témoin ne montre aucune modification du risque de développer ce cancer par la consommation de café (consommation de café cumulée sur toute la vie, l’âge de début et la durée étant sans effet sur ce cancer (12)). Une étude récente vient de faire état d’un risque réduit de 18 % pour tous les types de cancer de la prostate pour la consommation d’au moins 6 tasses de café/jour. La réduction de risque atteint même 60 % pour la forme létale du cancer de la prostate (13).

Gliomes

La synthèse de 3 études de cohorte américaines montre que la consommation d’au moins 5 tasses de café ou de thé par jour comparée à la non consommation était associée à une diminution de 40 % du risque de gliome. Il n’y a pas d’association avec le café décaféiné. (14). Une étude européenne récente réalisée dans 9 pays a confirmé ces données avec une baisse de risque de 34 % pour les sujets consommant plus d’une tasse de café par jour par rapport aux non consommateurs (15). Dans les deux cas, l’association est plus robuste chez les hommes que chez les femmes mais d’autres études restent nécessaires.

Cancer de la peau

En 2008, une étude effectuée chez la souris a montré que la caféine dans l’eau de boisson, ou directement sur la peau, permettait de détruire les cellules endommagées par l’irradiation par des UVB (16). En 2009, un travail sur des cellules de peau humaine a montré que la caféine doublait la mortalité des cellules endommagées par les UVB, et diminuait donc le risque de cancer (17). Le mécanisme moléculaire sous-jacent est le même dans les deux espèces ce qui a incité les auteurs à émettre l’hypothèse que la caféine, ou une substance ayant le même mécanisme d’action, appliquée topiquement, pourrait protéger la peau humaine de la nocivité des UVB (17).

Pas d’association retrouvée, ni positive, ni négative

Cancer de l’estomac

Une revue systématique et une méta-analyse de 23 études n’ont montré aucune association entre la consommation de café et le risque de développer ce cancer aussi bien dans les études de cohorte (risque relatif, RR 1,02) que dans les études cas-témoin (RR 0,97) (18). Par contre, la température des boissons chaude est critique et le risque de cancer de l’œsophage augmente avec la température. La relation est claire pour le thé mais n’est pas significative pour le café (18).

Cancer de l’ovaire

Le cancer de l’ovaire est le septième cancer pour sa fréquence d’apparition et son risque de mortalité chez la femme. Une méta-analyse de 8 études cas-témoin récentes, bien contrôlées et 3 études de cohorte prospectives ne montrent aucun effet de la consommation de café sur la survenue de ce cancer (19).

Cancer du rein

Au cours des trois dernières décades, l’incidence de ce cancer s’est constamment accrue faisant rechercher des liens possibles avec le régime alimentaire. Aucune relation entre café et cancer du rein n’a été retrouvée dans 26 études. Le World Cancer Research Report (WCRF) a identifié 18 études cas-contrôle et 5 études de cohorte mettant en évidence clairement et de manière consistante l’absence de lien entre café et cancer du rein (3). Trois études supplémentaires ont confirmé cette absence de lien (RR 0,99 en moyenne pour l’ensemble des études) (20).

Cancer du pancréas

Le cancer du pancréas est une des causes majeures de décès avec 99 % de mortalité dans l’année suivant le diagnostic. Une méta-analyse de 37 études cas-témoin et de 18 études de cohorte trouve un risque relatif (RR) respectif de 1,04 et de 1,00 chez les consommateurs par rapport aux non-consommateurs. Il n’y a donc aucune association entre consommation de café et cancer du pancréas (3). Depuis cette méta-analyse, une étude de cohorte japonaise impliquant 102 137 participants suivis sur 11 ans a même fait état d’un risque réduit chez les hommes consommant 3 tasses de café par jour comparés aux non-consommateurs (21).

Cancer du larynx

Les résultats poolés de 9 études sur les cancers de la tête et du cou ne montrent aucune association entre le risque de développer un cancer du larynx et divers niveaux de consommation de café (7).

Le cas particulier du cancer de la vessie

Le tabac et l’exposition aux amines aromatiques sont les deux facteurs de risque principaux du cancer de la vessie. Cependant, des facteurs associés au style de vie sont également impliqués. Dans 4/6 études de cohorte et 29/37 études cas-témoin, une augmentation modérée du risque de cancer de la vessie par la consommation de café a été observée. Cette augmentation de risque n’est liée ni à la dose ni à la durée d’exposition ce qui plaide en faveur d’une association non causale. Les études et méta-analyses les plus récentes font état d’un RR de 1,0 à 1,18 chez les consommateurs avec une absence d’association chez les femmes et un risque accru jusqu’à 26 % chez les hommes. Un facteur de risque critique est lié à l’eau utilisée pour préparer le café. En effet, l’eau du robinet chlorée augmente à elle seule le risque de cancer de la vessie ce qui n’est pas le cas de l’eau minérale. Cet aspect pourrait être particulièrement critique en particulier dans les phases terminales de la maladie puisque les patients tendent à considérablement augmenter leur consommation de liquide (1, 3, 23). Ce risque apparemment accru de cancer de la vessie lié à l’ingestion de café pourrait être attribué à des facteurs de confusion résiduels comme le tabac dont la consommation est directement corrélée à celle de café et d’alcool, ou à une association entre l’alcool, le café et un facteur de risque non encore identifié (23). Toutefois, à ce jour, les résultats des études épidémiologiques permettent d’exclure une forte association entre café et cancer de la vessie.

L’influence de facteurs associes et du mode de vie

En matière de nutrition, l’évaluation des risques est complexe, il existe de nombreux facteurs alimentaires ou d’hygiène de vie pouvant influer sur les résultats, en particulier la consommation d’alcool ou de tabac, qui jouent un rôle direct sur les cancers digestifs ou le cancer du poumon. La consommation d’une boisson très chaude, par exemple, altère la muqueuse oesophagienne (22).

En résumé : effets du café sur le cancer de différents organes


Pour en savoir plus

1. Arab L. Epidemiologic evidence on coffee and cancer. Nutr Cancer 2010 ; 62 : 271-83.

2. Nkondjock A. Coffee consumption and the risk of cancer: an overview. Cancer Lett 2009 ; 277 : 121-5.

3. WCRF: Food, Nutrition, Physical Activity and the Prevention of Cancer: A Global Perspective, 2007. Available from: http://www.dietandcancerreport.org.

4. Bravi F, et al. Coffee drinking and hepatocellular carcinoma risk: a meta-analysis. Hepatology 2007 ; 46 : 430-5.

5. Galeone C, et al. Coffee consumption and risk of colorectal cancer: a meta-analysis of case–control studies. Cancer Causes Control 2010 ; 21 : 1949-59.

6. Bravi F, et al. Coffee drinking and endometrial cancer risk: a metaanalysis of observational studies. Am J Obstet Gynecol 2009 ; 200 : 130-5.

7. Turati F, et al. Coffee and cancers of the upper digestive and respiratory tracts: meta-analyses of observational studies. Ann Oncol 2011 ; 22 : 536-44.

8. Tang N, et al. Coffee consumption and risk of breast cancer: a metaanalysis. Am J Obstet Gynecol 2009 ; 200 : 290.

9. Bhoo Pathy N, et al. Coffee and tea intake and risk of breast cancer. Breast Cancer Res Treat 2010 ; 121 : 461-7.

10. Li J, et al. Coffee consumption modifies risk of estrogen-receptor negative breast cancer. Breast Cancer Res 2011 ; 13 : R49.

11. Nkondjock A, et al. Coffee consumption and breast cancer risk among BRCA1 and BRCA2 mutation carriers. Int J Cancer 2006 ; 118 : 103-7.

12. Park CH, et al. Coffee consumption and risk of prostate cancer: a meta-analysis of epidemiological studies. BJU Int 2010 ; 106 : 762-9.

13. Wilson KM et al. Coffee consumption and prostate cancer risk and progression in the health professionals follow-up study. J Natl Cancer Inst 2011 ; 103 : 876-84.

14. Holick CN, et al. Coffee, tea, caffeine intake, and risk of adult glioma in three prospective cohort studies. Cancer Epidemiol Biomarkers Prev 2010 ; 19 : 39-47.

15. Michaud DS, et al. Coffee and tea intake and risk of brain tumors in the European Prospective Investigation into Cancer and Nutrition (EPIC) cohort study. Am J Clin Nutr 2010 ; 92 : 1145-50.

16. Lu YP et al. Effect of caffeine on the ATR/Chk1 pathway in the epidermis of UVB-irradiated mice. Cancer Res 2008 ; 68 : 2523-9.

17. Heffernan TP et al. ATR-Chk1 pathway inhibition promotes apoptosis after UV treatment in primary human keratinocytes: potential basis for the UV protective effects of caffeine. J Invest Dermatol 2009 ; 129 : 1805-15.

18. Botelho F, et al. Coffee and gastric cancer: systematic review and meta-analysis. Cad Saude Publica 2006 ; 22 : 889-900.

19. Steevens J, et al. Tea and coffee drinking and ovarian cancer risk: results from the Netherlands Cohort Study and a meta-analysis. Br J Cancer 2007 ; 97 : 1291-4.

20. Montella M, et al. Coffee, decaffeinated coffee, tea intake, and risk of renal cell cancer. Nutr Cancer 2009 ; 61 : 76-80.

21. Luo J, et al. Green tea and coffee intake and risk of pancreatic cancer in a large-scale, population-based cohort study in Japan (JPHC study). Eur J Cancer Prev 2007 ; 16 : 542-8.

22. Islami F, et al. High-temperature beverages and foods and esophageal cancer risk-A systematic review. Int J Cancer 2009 ; 125 : 491-524.

23. Pelucchi C, et al. Coffee and alcohol consumption and bladder cancer. Scand J Urol Nephrol 2008 ; 42 (Suppl 218) : 37-44.

Catégories
Cancer

Café et cancer : Des effets plutôt positifs et rassurants

Le sujet a été étudié depuis des décennies (plus de 500 études) et des mises au point reprenant la littérature scientifique viennent d’être publiées récemment. Toutes ces études sont rassurantes.

Les publications qui évaluent la relation possible entre café et risque de cancer sont des études épidémiologiques très sérieuses, réalisées sur de très grandes « cohortes » (des milliers d’individus). Elles évaluent la différence de risque pour différents types de cancer entre consommateurs et non-consommateurs de café. Elles prennent aussi en compte les facteurs de risque connus qui peuvent influencer le résultat : par exemple la consommation de boissons très chaudes (valable pour toutes les boissons chaudes) qui peuvent entraîner des lésions de la muqueuse de l’œsophage, ou le rôle bien connu du tabac ou de l’alcool.

Les mécanismes qui expliquent un rôle protecteur potentiel du café sur certains cancers sont complexes car le café contient de nombreux composés qui sont encore à l’étude. On évoque l’action des antioxydants (le café est une des premières sources alimentaires de polyphénols antioxydants), un effet de la caféine elle-même sur les cellules, l’action d’autres composés sur le métabolisme…

Ce qui est bien établi

  • Le café agit au niveau du foie, en particulier en cas de cirrhose et de cancer induit par la cirrhose. L’ensemble des études montre une diminution importante du risque de cancer du foie lié ou non à la cirrhose chez les consommateurs de café.
  • Il existe de nombreuses études sur le cancer colorectal. La majorité montrent une diminution significative du risque chez les consommateurs de café, quelques-unes une absence d’effet (ni positif, ni négatif).

 

  • Cinq publications montrent une nette diminution du risque de cancer de l’endomètre (utérus).

 

  • Une évaluation du cancer du pancréas met en évidence une possible diminution, uniquement chez les hommes. Les autres études sur le sujet montrent une absence d’effet (ni positif, ni négatif).

 

  • Les études sur les cancers de l’estomac, de l’ovaire, du rein, du larynx montrent que le café n’a pas d’influence (ni diminution, ni augmentation du risque).

Des résultats à confirmer

  • La plupart des études sur le cancer du sein montrent soit une absence de risque, soit une diminution du risque, mais des études sont en cours pour étudier l’impact selon le type de cancer du sein (cancers non hormono-dépendants) ou au moment de la ménopause.
  • Des études ont montré une absence d’effet dans le cancer de la prostate, mais une publication très récente a retrouvé un effet positif, en particulier dans les formes sévères. A suivre…
  • Dans certaines formes de tumeurs cérébrales, une diminution du risque a été montrée par deux études récentes. Mais cela demande à être confirmé.
  • Des travaux chez l’animal et sur une culture de cellules endommagées par des UVB ont montré que la caféine détruit les cellules cutanées devenues cancéreuses. Des études complémentaires chez l’homme sont nécessaires.

 

  • Un risque potentiel sur le cancer de la vessie a été rapporté par plusieurs publications, mais les données récentes tendent à écarter ce risque. On évoque en particulier le rôle de l’eau chlorée du robinet utilisée pour faire le café (l’eau minérale n’a pas cet effet sur la vessie).