Inscrivez à la newsletter

 

Café et coeur font-ils bon ménage ?

 

 

 

 

 

Les publications portant sur les effets potentiels du café dans les maladies cardiovasculaires sont nombreuses, avec des résultats parfois divergents. Les résultats de méta-analyses récentes, qui incluent de très larges populations de consommateurs et non-consommateurs de café, sont plutôt rassurants.

Quel effet sur le risque de maladie coronarienne ?

De nombreuses études de cohorte se sont intéressées à la relation entre la consommation de café et le risque de maladie coronarienne.

Une méta-analyse récente (1) a étudié les données de 21 études de cohorte prospectives réalisées entre 1966 et 2008, représentant un total de 15 559 cas sur 407 806 participants. Comparé à une consommation faible (< 1 tasse/j aux USA et <  2 tasses/j en Europe), le risque combiné pour toutes les études est respectivement de 0,96 (0,87-1,06), 1,04 (0,92-1,17) et 1,07 (0,87-1,32) pour des consommations modérée (1-3 ou 3-4 tasses/j), élevée (4-5 et 5-6 tasses/j) et très élevée (≥6 ou ≥ 7 tasses/j). Pour une consommation modérée de café, le risque relatif est même significativement réduit – de 18 % chez les femmes et de 13 % chez les hommes – suivis sur des durées ≤ 10 ans.

Ainsi, cette revue exhaustive récente ne conforte pas l’hypothèse qui avait été émise dans certaines publications, en particulier dans une étude publiée en 2008 par la revue « Circulation » qui avançait un risque possible à long terme (2). La consommation habituelle de doses modérées de café apparaît au contraire plutôt protectrice.

Quel effet sur le risque d’insuffisance cardiaque ?

Parmi les nombreuses études concernant la relation entre café et risque d’insuffisance cardiaque, les méta-analyses d’études cas-témoins ont montré des associations positives, alors que les études de cohorte n’ont pas trouvé d’association.

Une étude récente (3) a été réalisée en Suède chez 37 315 hommes sans antécédent d’insuffisance cardiaque (IC), de diabète ou d’infarctus, hospitalisés pour IC entre janvier 1998 et décembre 2006. Les groupes ont été ajustés au niveau de l’âge, des facteurs démographiques et du régime alimentaire. Pendant les 9 ans de suivi, 784 cas d’IC ont été observés. Comparés aux hommes consommant ≤ 1 tasse de café/j, le risque relatif est de 0,87 (0,69-1,11) pour 2 tasses/j, et 0,89 pour les autres consommations (3,4 et ≥ 5 tasses/j).
Ces données ne permettent donc pas d’étayer l’hypothèse selon laquelle la consommation de café favoriserait l’IC.

Pourquoi des résultats contradictoires dans la littérature ?

Les mécanismes qui entrent en jeu dans les relations entre café et maladies cardiovasculaires sont complexes.
Certaines études ont montré que le café peut augmenter la tension artérielle, la résistance à l’insuline, l’homocystéine plasmatique, le taux sérique de cholestérol.
Que penser du paradoxe entre les effets du café sur ces marqueurs du risque biologique des maladies cardiovasculaires et les résultats des méta-analyses précédentes ?

Il faut souligner que :

– les effets observés dans certaines de ces études correspondent à une évaluation en « aigu », ils peuvent être différents de ceux observés dans des conditions normales de consommation régulière ;
– ils dépendent aussi du mode de préparation du café (ainsi, l’augmentation du cholestérol sanguin est plutôt observée avec des cafés non filtrés, type café turc) ;
– le café peut avoir des effets bénéfiques sur d’autres voies métaboliques.
Des études complémentaires, en particulier sur l’insuffisance cardiaque, devraient permettre de clarifier le débat et de comprendre pourquoi le café peut influer négativement sur certains marqueurs des maladies cardiovasculaires sans avoir d’impact sur les maladies elles-mêmes.

 

En conclusion

 

Le risque cardiovasculaire du café n’est pas étayé par ces études sur de grandes populations.

Si, pour réduire ce risque, il est souhaitable d’agir sur l’hygiène de vie, notamment cesser le tabagisme, augmenter l’activité physique et la qualité du régime alimentaire (4), on recommandera de modérer la consommation chez des patients à risque.

En particulier, le risque de maladie coronarienne lié à la consommation de café pourrait être accru chez les métaboliseurs lents de caféine (5).

Astrid Nehlig
(Directrice de Recherche,Inserm U666,faculté de médecine,Strasbourg)
Santé & Café n° 27 – décembre 2009

Pour en savoir plus :

1. Wu JN et al. Coffee consumption and risk of coronary heart diseases: A meta-analysis of 21 prospective cohort studies. Int J Cardiol 2009 ;137 : 216-25.
2.
Schocken DD et al. Prevention of heart failure: a scientific statement from the American Heart Association Councils on epidemiology and prevention, clinical cardiology, cardiovascular nursing, and high blood pressure research ; quality of care and outcomes research interdisciplinary working group ; and functional genomics and translational biology interdisciplinary working group. Circulation 2008 ; 117 : 2544-65.
3.
Ahmed HN et al. Coffee consumption and risk of heart failure in men: an analysis from the Cohort of Swedish Men. Am Heart J 2009 ; 158 : 667-72.
4.
Van Dam RM. Coffee consumption and coronary heart disease: paradoxical effects on biological risk factors versus disease incidence. Clin Chem 2008 ; 54 : 1418-20.
5.
Celik T et al. The effects of coffee intake on coronary heart disease: Ongoing controversy. Int J Cardiol 2009 Jan 23, Epub ahead of print.

No comments

Sorry, the comment form is closed at this time.